Ce que j'aurais aimé dire à ma voisine, quand elle s'en est pris à mon fils autiste

Ce que j’aurais aimé dire à ma voisine, quand elle s’en est pris à mon fils autiste

Par Marie, maman d’Arthur, 6 ans.

Dimanche soir.
Week end de pluie, enfermés à la maison. Je suis épuisée, à bout de souffle. Mon mari est sorti, et je suis seule avec les enfants. Arthur, 6 ans, diagnostiqué autiste asperger, et son petit frère d’à peine 18 mois.
Ils sont à bout de nerf, des vrais lions en cage. Et moi aussi.

Il y a de vrais moments de crispation avec mon aîné. Le bain en fait partie. L’heure du bain, je la redoute depuis plusieurs années maintenant. Et encore plus quand je suis seule, comme ce soir, avec les deux.
J’ai peur d’une réaction en chaîne, qui va arriver à une session de hurlements collectifs. Mon aîné parce qu’il aura eu de l’eau sur la peau, parce que c’est chaud, parce que… parce que rien ne va. Et mon petit, parce que trop de bruit. Et re-mon aîné, parce que le bruit le rend dingue, littéralement. Alors que paradoxalement, c’est lui qui crie…

Ce soir ne fera donc pas exception. Il y a eu des cris, et des larmes. Peut-être que moi-même, j’ai pleuré… mais je suis tellement à bout de souffle que je ne m’en rends même plus compte.

Et là, j’entends des coups de pied dans la porte d’entrée. Pas la sonnette, pas de “toc toc toc”, vraiment, des coups de pied. Mon sang se glace…

J’ouvre la porte, hésitante, et tombe sur la voisine. En pleine crise d’hystérie, elle met un pied dans l’appart’ et se met à hurler :
“il est cinglé votre gamin, il est autiste ou quoi j’en peux plus de lui, faites le soigner !” (et les mots d’oiseau qui vont avec). Je suis restée silencieuse, prostrée, choquée. Elle est partie en grand bruit, en claquant la porte, et il y a eu un silence de plomb à la maison. Ou dans ma tête, je ne sais plus… Et quand j’ai repris mes esprits, j’ai pensé à tout ce que j’aurais DÛ lui dire…

Savez-vous seulement ce qu’il se passe chez moi ? Vous êtes-vous seulement posé la question une fois depuis que nous sommes voisines : 

Que se passe-t-il chez elle ? 

A-t-elle besoin de mon aide ?

Moi qui suis proche de son palier, peut-être a-t-elle besoin qu’on lui tente un peu la main ?  

Savez-vous seulement combien de fois j’ai imaginé que l’on sonne à cette porte pour m’apporter de l’aide et non entendre un flot de mots blessants ? Qui plus est à l’égard d’un enfant qui n’a rien demandé, qui tente seulement de s’exprimer comme il peut avec son handicap. Car oui Madame, mon fils est handicapé. Ce mot que vous vous permettez d’utiliser comme une insulte ne devrait jamais en être une dans la bouche d’un être humain. Le handicap invisible est une réalité, qu’on subit tous de plein fouet.

Alors là, vous insultez non seulement mon enfant, son handicap ainsi que sa mère. 

Moi qui tente chaque jour de m’en sortir comme je peux. 

Moi qui aimerais comme vous avoir des soirées calmes.

Moi qui imaginais qu’être maman ne serait que du bonheur, que donner un bain ou donner à manger seraient des gestes normaux du quotidien. Et non des heurts et des cris perpétuels. 

Mais savez-vous seulement ce que c’est, l’autisme ? Savez-vous seulement ce que c’est pour un parent de soutenir son enfant et de le faire avancer coûte que coûte malgré son handicap.
Savez-vous comme c’est compliqué, prenant et fatiguant de lutter chaque jour pour le faire accepter. Oui il est différent. Mais tous les enfants sont différents. Et si il ne correspond pas à vos “critères de normalité”, si il a besoin de crier pour s’exprimer, et bien qu’il le fasse.

Mon fils est ma fierté. C’est un individu extra-ordinaire, qui mérite autant que les autres enfants sa dose d’affection et de bienveillance. Il mérite tout autant ce que vous accordez sûrement aux autres : de la compréhension, de l’empathie.

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